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Dans le paysage de la photographie contemporaine, Jean-François Joly occupe une place singulière et remarquable. Mettre sur le devant de la scène les oubliés de la société du spectacle, mais en refusant justement les commodités du spectaculaire, telle est la tâche qu'il s'est assigné et qu'il poursuit sans relâche depuis des années, en photographiant les membres de communautés d'exclus, à Nanterre, Moscou, au Caire ou en Roumanie. Il apporte à l'exécution du portrait de ces personnes rejetées tout en bas de l'échelle sociale le soin et le talent que les artistes consacrent d'ordinaire aux portraits des grands de ce monde. Mais il le fait sobrement, bannissant les effets, ne recourant qu'aux moyens strictement essentiels de la photographie : point de vue, lumière, cadrage, format du négatif. Son savoir faire, sa compétence technique de professionnel, Jean-François Joly les mobilise pour exprimer l'intensité et la richesse de la relation qu'il a su établir avec la personne photographiée. C'est cette relation qui fait la valeur de ses portraits. L'usage systématique du Polaroïd – seul moyen de remettre immédiatement au modèle un exemplaire de sa photo – dit bien le prix que Jean-François Joly attache à cette relation, et du caractère égalitaire et respectueux qu'il entend lui donner.

Chaque personne ainsi photographiée retrouve une présence, une dignité, une aura dont le fonctionnement de la machine sociale l'avait privé. Elle n'est plus réductible à son étiquette d'exclu (SDF, sans-papiers, chômeur, gitan, etc.) mais retrouve son caractère unique d'individu membre d'une communauté. Non seulement, l'identité n'est plus confondue avec le parcours, mais elle est libérée du carcan des marquages sociaux.

Imperturbablement, Jean-François Joly édifie son œuvre de compassion, d'attention à l'autre. Sereinement et fermement, il retourne contre elle les armes créées par la société pour communiquer, promouvoir les uns, exclure les autres; il démonte les trompe-l'œil et les tours de passe-passe qui utilisent la photographie pour faire croire que l'identité est une question de look. Son travail est la subversion même.

François Saint Pierre


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